Enfants du monde

Si certains paysages, couchers de Soleil ou rencontres animalières sont susceptibles, en voyage, de vous émouvoir, croiser le regard ou le chemin de certains enfants vous bouleverseront.

Il n’y pas de jeu, on est dans le vrai, dans le sincère, un sourire ne camoufle pas une peine et une larme ne cherche pas à vous attendrir. A tous ces enfants que j’ai pu prendre en photo, comme ces princesses du bord du Mékong au Laos qui ont joué les stars d’un instant, à ce petit rebelle des montagnes népalaises qui a laissé la marque de son poing sur mon objectif, à ceux qui n’ont même pas vu que j’étais là et à ceux qui ont juste fait semblant de ne pas me voir, vous ne lirez sans doute jamais ce que j’ai écrit, mais ce petit texte vous est dédié.

Regard coloré sur la Plaza de Armas, Cusco

Par où commencer..

Si certains regards tendent à exprimer de la tristesse, il reste compliqué de juger de malheur ou non d’un enfant, tant par le fait qu’il n’est pas conscient de sa situation ou de la situation d’autres à l’autre bout du monde, que par le fait que nous n’avons pas en tête la même vision d’une « jeunesse normale ». Surtout, personne ne peut se permettre de juger les actes et le rôle des parents au sein d’une culture que tout oppose à ce que nous connaissons.

Si j’ai vu des enfants travailler avant même de savoir écrire, je n’ai jamais vu de parent ne souhaitant pas que le meilleur pour ses enfants.

J’ai, comme vous, grandi dans une société où l’on protège les enfants de tout, créant ce cocon pour être sûr que l’on ne se casse pas un ongle. Dans beaucoup d’autres pays, les enfants travaillent dès leur plus jeune âge. Si ce n’est pas dans le cadre de leur éducation ou pour être conscient des réalités qui les entourent, c’est souvent par pure nécessité de subvenir aux besoins de leur famille que certains de ces enfants passeront certaines de leur journée bien loin des aires de jeux.

Dans ses pensées

Cependant, malgré toute la misère et la pauvreté qui auront croisé le chemin de mon objectif, un enfant reste un enfant quelle que soit son origine sociale. Une bâche, une bouteille vide en plastique auront vite fait de remplacer consoles de jeux et poupées Barbie. C’est ce qui est d’ailleurs particulièrement déboussolant, le fait de les voir rire, sourire et jouer alors que l’on s’attendrait à lire toute la détresse du monde sur leur visage, nous rendant souvent nous-même malheureux à leur place. Parfois, on ne comprend tout simplement pas ce qu’il se passe, on regarde ce qu’ils ont, c’est à dire pas grand chose, et on se demande comment cela est possible d’être heureux, du moins d’en avoir l’air.

Pour bien commencer ce voyage des sourires où il manque quelques dents, je vous emmène en Inde, pays de toute les craintes pour un grand nombre d’entre vous (et de voyageurs). Il est vrai qu’être un enfant en Inde n’est pas chose facile, certains chiffres font d’ailleurs froid dans le dos. La maltraitance, la malnutrition, le travail que l’on peut leur faire endurer sont de tristes réalités dans ce pays. Quand on sait que seulement 41% des naissances sont enregistrées, on comprend mieux pourquoi autant d’enfants sont livrés à eux-mêmes dès leur plus jeune âge. S’ajoutent ensuite de gros problèmes d’accès aux soins, à l’eau potable également, 73% d’enfants indiens vivant dans des zones rurales où l’accès à l’eau potable est problématique. Que dire de l’éducation, dans un pays ou 42,7 millions d’enfants ne sont pas scolarisés. En gros, naître et grandir en Inde peut s’avérer être un vrai parcours du combattant, en atteste cette accumulation de chiffres. En écrivant tout ça, les images qui me viennent en tête sont, étrangement, celles que l’on tout eu l’occasion de voir des bébés tortues qui naissent sur la plage et qui doivent affronter obstacle sur obstacle a peine sortis de leur oeuf.

Et pourtant, des sourires et de l’amour, j’en aurais croisé à haute dose dans le peu d’Inde que j’aurais eu l’occasion de visiter.

Regard perçant à Bengalore

Si je vous emmène au Népal maintenant, ce n’est pas pour vous montrer les sublimes paysages de montagne que l’on peut y admirer, mais pour vous présenter quelques clichés d’enfants aux joues cramées par le Soleil et le froid. Ici encore, je vous parle d’un pays ou près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Et pourtant, (je parle bien des enfants que j’ai croisé dans les petits villages, n’ayant pas eu l’occasion d’aller dans la périphérie pauvre d’une ville comme Katmandu) ces enfants passent leur temps à jouer dehors et à rire, comme si les températures négatives n’étaient qu’un détail.

Regard perdu au Manaslu

Restons encore un peu en Asie et dirigeons nous vers le pays au million d’éléphants, le Laos. De nombreux droits des enfants y sont aussi bafoués. Afin de subvenir aux besoin de leur famille, ce sont 10% des enfants laotiens qui travaillent (agriculture, pêche..). Le VIH et la pauvreté y étant réellement présents, le nombre d’orphelins se retrouvant dans des conditions insalubres dans les rues est en constante augmentation. Il faut également prendre en compte le fait que près de la moitié des enfants que l’on compte dans les rues au Laos ont fuit leur maison à cause des violences familiales. Malheureusement, nombre d’entre eux se retrouvent enrôlés dans la prostitution afin d’alimenter réseaux et tourisme sexuel.

Et pourtant, des sourires, j’en ai vu dans le petit village de Muann Ngoi sur les rives de la rivière Nam Ou (avec plus ou moins de dents).

Sourire émietté

Je n’avais pas prévu d’écrire tout ça en prenant ces photos, je prends ce que je trouve beau et expressif, et il se trouve que tous ces sourires et ces regards le sont. Tous ces chiffres et informations que j’ai énumérés au-dessus, j’en ai pris connaissance comme vous, en les lisant. Si j’ai cherché tout ça, c’était pour essayer de comprendre l’incompréhensible quand j’étais sur place. Pour me rendre compte également à quel point, même si cela peut faire cliché, de me rendre compte de la chance que j’avais de me balader librement appareil photo à la main.

Au Vietnam comme d’autres pays, les enfants sont souvent habillés en costume traditionnel afin de chanter, danser, prendre des photos en échange de quelques pièces. Sur ce sujet, c’est compliqué d’avoir un avis tranché. D’un côté, j’aurais envie de dire qu’il faut évidemment aider ces enfants, ne serait-ce qu’avec une petite pièce. D’une autre, je me doute bien que ces enfants et leur famille ne doivent pas tout le temps voir la couleur de cet argent.

Discussion au sommet à Sa Pa

Cette petite balade des sourires et bouilles du monde, je le terminerai avec ceux que j’ai immortalisé dans une ville qui a été pour moi un vrai coup de coeur, Détroit. Voir autant de joie dans cet endroit plein de préjugés fut juste un pur régal, pour l’objectif, les yeux et le coeur.

En espérant que ce ne soit que le début d’une longue série que j’espère avoir l’occasion de continuer un jour. En espérant que toute la joie de vivre concentrée dans ces photos vous soit communicative

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